Parcours d’un penseur entre génie, révolution et dérive

Wilhelm Reich demeure l’une des figures les plus controversées et fascinantes de l’histoire de la psychanalyse. Disciple prodige de Freud, révolutionnaire sexuel, inventeur d’une pseudo-science cosmique, et victime d’une censure gouvernementale aux États-Unis, son parcours illustre les tensions entre science et croyance, raison et passion, génie et folie.
📑 Table des matières
- Introduction
- Une enfance marquée par le trauma (1897–1918)
- Vienne : L’âge d’or freudien (1919–1930)
- Sex-Pol : Révolution sexuelle et politique (1927–1930)
- Rupture et exil (1930–1934)
- Oslo : Naissance de l’orgone (1934–1939)
- États-Unis : L’ère de l’orgonomie (1939–1957)
- Conflit avec la FDA et chute (1947–1956)
- Autodafé et mort (1956–1957)
- Héritage et influence
- Conclusion
Introduction : Un destin tragique
De Vienne à New York, de la psychanalyse à l’« orgone », Wilhelm Reich a traversé le XXe siècle en cherchant la libération totale de l’être humain — psychique, sociale et biologique. Cette quête obsessionnelle l’a conduit d’une reconnaissance scientifique précoce à un rejet radical, culminant dans un autodafé de ses livres et sa mort en prison.
L’histoire de Reich est celle d’un homme déchiré entre plusieurs mondes : celui de la science rigoureuse et celui de l’intuition mystique, celui de la révolution politique et celui de la quête spirituelle. C’est aussi l’histoire d’une époque tourmentée — celle des deux guerres mondiales, de la montée du fascisme, et des débuts de la Guerre froide — qui a broyé tant de destins exceptionnels.
Mais au-delà de la trajectoire personnelle, Reich pose une question universelle : où se situe la frontière entre le génie visionnaire et la folie délirante ? Et qui a le droit de tracer cette frontière ?
Une enfance marquée par le trauma (1897–1918)

Wilhelm Reich naît le 24 mars 1897 à Dobzau, en Galicie, alors partie de l’Empire austro-hongrois. Sa famille juive est assimilée : le yiddish est interdit à la maison, ce qui marginalise la famille au sein de la communauté juive tout en ne l’intégrant pas pour autant dans la société autrichienne. Cette double exclusion marque profondément le jeune Wilhelm.
Après cet épisode, Reich fut envoyé au lycée. Son père est mort de la tuberculose en 1914, et l’héritage familial a été anéanti par l’inflation. Reich a dû gérer la ferme tout en poursuivant ses études jusqu’à l’obtention de son diplôme en 1915. L’été suivant, l’invasion russe de leur région l’a forcé à fuir avec son frère, perdant tout ce qu’ils possédaient. Il écrira dans son journal : « Je n’ai jamais revu ni ma patrie ni mes biens. D’un passé aisé, il ne restait rien. »







Ces traumatismes précoces — abandon, culpabilité, violence, perte — façonnent profondément sa vision du monde. Reich portera toute sa vie cette conviction que le pouvoir opprime, que le corps souffre, et que la société tue. Son œuvre entière sera une tentative de comprendre et de guérir ces blessures, à la fois personnelles et collectives.
Vienne : L’âge d’or freudien (1919–1930)

En 1918, après la guerre, Reich s’installa à Vienne. Il s’inscrivit d’abord en droit à l’université, mais, trouvant les études ennuyeuses, il se réorienta vers la médecine. Il arriva sans argent dans une ville en proie à la famine après la chute de l’empire austro-hongrois.
Ses conditions de vie étaient extrêmement précaires : il survivait avec la maigre nourriture de la cantine et partageait une chambre non chauffée avec son frère, ce qui l’obligeait à garder son manteau à l’intérieur pour lutter contre le froid. C’est à cette période qu’il tomba amoureux d’une autre étudiante en médecine, Lia Laszky, un amour qui ne fut pas réciproque.

Les années dorées de la psychanalyse viennoise
Reich devient rapidement membre de l’Association psychanalytique de Vienne en 1920 et se distingue par son approche clinique novatrice. En 1922, il épouse Annie Pink, sa quatrième patiente — une pratique alors tolérée mais aujourd’hui considérée comme une violation éthique grave. Le couple aura deux filles, dont Eva, qui deviendra pédiatre.
- L’armure caractérielle : Reich théorise que les mécanismes de défense psychiques se cristallisent en structures rigides qui façonnent la personnalité. Cette « cuirasse » protège mais emprisonne.
- La puissance orgastique : pour Reich, la capacité à atteindre un orgasme complet — c’est-à-dire une décharge énergétique totale sans retenue ni inhibition — est le signe d’une santé mentale. À l’inverse, l’incapacité orgastique traduit une névrose.
Ses publications majeures de cette période incluent Le caractère impulsif (1925) et surtout La fonction de l’orgasme (1927), où il développe sa théorie révolutionnaire. Mais déjà, Freud s’inquiète. Lors d’une rencontre, il soulève le manuscrit de Reich et demande, ironique : « Cette épaisseur ? » Le message est clair : Reich va trop loin, trop vite.
Freud croit que la civilisation nécessite une répression des pulsions. Reich, au contraire, est convaincu que la répression sexuelle est la cause de toutes les névroses — et même de la violence sociale et politique. Cette opposition philosophique deviendra irréconciliable. Thanatos Vs Orgone






Sex-Pol : Révolution sexuelle et politique (1927–1930)
En 1927, Reich contracte la tuberculose — la maladie qui a tué son père. Alité pendant plusieurs mois, il traverse une profonde crise existentielle. C’est durant cette période qu’il se radicalise politiquement et rejoint le Parti communiste autrichien, convaincu que la révolution sexuelle et la révolution sociale sont indissociables.
Pour Reich, la connexion est évidente : une société répressive produit des individus névrosés, et des individus névrosés soutiennent les régimes autoritaires. La libération sexuelle n’est donc pas un luxe bourgeois, mais une nécessité révolutionnaire.


Les cliniques Sex-Pol : une expérience radicale
Reich ouvre six cliniques Sex-Pol à Vienne entre 1928 et 1930. Ces centres offrent :
- Contraception gratuite — à une époque où elle est illégale dans la plupart des pays
- Éducation sexuelle pour les jeunes et les adultes
- Conseils juridiques pour divorces et avortements
- Soutien psychologique pour les victimes de violence domestique
Il utilise même une clinique mobile, installée dans les parcs populaires, pour toucher les populations les plus précaires. Son message est radical pour l’époque : la permissivité sexuelle, y compris pour les jeunes, est non seulement acceptable mais nécessaire au développement sain.



⚠️ Freudo-Marxisme, Une position intenable
Son mariage avec Annie se détériore. Leurs divergences politiques et personnelles les éloignent. Ils divorceront en 1933.
Rupture et exil (1930–1934)
En 1930, Reich déménage à Berlin, espérant que la capitale allemande, avec sa scène culturelle bouillonnante et son mouvement communiste puissant, sera plus réceptive à ses idées. Mais l’histoire en décide autrement.



L’arrivée d’Hitler au pouvoir en janvier 1933 le force à fuir précipitamment. Son double statut de juif et de communiste le rend doublement vulnérable. En mars 1933, il quitte l’Allemagne avec quelques valises, abandonnant son laboratoire, ses patients, sa vie.
L’errance européenne
Reich cherche refuge au Danemark, mais le Parti communiste danois, méfiant envers ses théories sexuelles jugées « petites-bourgeoises », l’exclut en 1933. Il tente d’entrer en Angleterre, mais Anna Freud (la fille de Sigmund) et Ernest Jones, figure dominante de la psychanalyse britannique, refusent de le soutenir. Les portes se ferment les unes après les autres.
Il vit alors dans une caravane, se déplaçant entre le Danemark, la Suède et la Norvège, dormant avec un couteau à la ceinture par paranoïa. C’est une période de grande précarité matérielle mais aussi d’intense créativité théorique.
La végétothérapie : le corps au cœur de la guérison
C’est durant cette période d’exil qu’il développe la végétothérapie, une méthode révolutionnaire qui rompt avec la psychanalyse classique. Au lieu de simplement parler, Reich propose :
- Le contact physique direct avec le patient
- Les massages profonds des zones de tension
- La dissolution de l’« armure musculaire » — cette rigidité corporelle qui traduit les blocages psychiques
- Le travail sur la respiration, notamment le diaphragme
Pour Reich, les tensions psychiques se cristallisent dans le corps. Un trauma d’enfance ne reste pas uniquement dans la mémoire : il s’inscrit dans les muscles, dans la posture, dans la respiration. Guérir l’esprit passe donc nécessairement par libérer le corps.
Cette approche, extrêmement novatrice pour l’époque, annonce les thérapies corporelles modernes. Mais elle provoque le scandale dans le milieu psychanalytique, où tout contact physique avec le patient est tabou.
En 1934, le coup de grâce tombe : Reich est formellement exclu de l’Association psychanalytique internationale lors du congrès de Lucerne. Officiellement, l’exclusion est justifiée par ses « activités politiques incompatibles avec la neutralité analytique ». Officieusement, c’est un rejet de toute sa pensée.
C’est la fin de sa carrière freudienne — mais le début de sa quête biologique.





Oslo : Naissance de l’orgone (1934–1939)
Réfugié en Norvège en 1934, Reich obtient un poste à l’Institut de psychologie d’Oslo. Là, il entreprend une série d’expériences qui vont définitivement l’éloigner de la psychanalyse orthodoxe et le conduire vers ce qu’il appellera l’orgonomie.
La formule de l’orgasme : une tentative de quantification
Reich cherche à mesurer scientifiquement l’excitation sexuelle. Utilisant des électrodes et un oscillographe, il établit ce qu’il nomme sa formule de l’orgasme :
Tension mécanique → Charge bioélectrique → Décharge orgastique → Relaxation mécanique
Pour Reich, cette formule ne décrit pas seulement l’orgasme humain, mais un principe universel du vivant. C’est le début de sa dérive vers une pensée totalisante.
La découverte des bions : entre science et mysticisme
En chauffant des matières organiques (sable, charbon, herbe) puis en les plongeant dans des solutions nutritives, Reich observe au microscope l’apparition de vésicules bleues qu’il nomme bions. Ces structures, selon lui, représentent le chaînon manquant entre la matière inerte et la vie.
Il est convaincu d’avoir réussi ce que personne n’avait fait avant lui : créer la vie à partir de matière morte. Cette conviction, aussi fascinante soit-elle, repose sur une erreur méthodologique : ce qu’il observe sont probablement des contaminations bactériennes, non des organismes spontanément générés.
Reich identifie également des bacilles T (T = Tod, « mort » en allemand), des organismes qu’il présente comme la cause biologique du cancer. Selon sa théorie, le cancer résulte d’une « biopathie » — une dégénérescence de l’énergie vitale due à la répression sexuelle.
— Wilhelm Reich, 1938
Il publie ses travaux dans Les expériences sur le bion (1938), espérant la reconnaissance scientifique. La réaction est inverse.
Le lynchage médiatique
La communauté scientifique norvégienne est impitoyable. 165 articles paraissent dans la presse, le ridiculisant et l’accusant de charlatanisme. Des scientifiques réputés démontent ses expériences, montrant que ses « bions » ne résistent pas aux protocoles rigoureux.
Reich, humilié et paranoïaque, commence à voir des complots partout. Il accuse les scientifiques d’être jaloux, les journalistes d’être à la solde de ses ennemis. Son visa n’est pas renouvelé. En 1939, il doit quitter la Norvège.
Ce rejet marque un tournant psychologique. Reich, autrefois ouvert au dialogue scientifique, devient méfiant, isolé, convaincu d’être incompris par un monde intellectuellement inférieur.

États-Unis : L’ère de l’orgonomie (1939–1957)
L’accumulateur d’orgone : de la psychanalyse à la physique cosmique
À partir de 1940, Reich construit ses premiers accumulateurs d’orgone : des cabines en bois doublées de métal, censées concentrer une énergie cosmique universelle qu’il nomme orgone. Selon lui, cette énergie :
- Est présente partout dans l’univers
- Explique la couleur bleue du ciel et des océans
- Peut être concentrée et utilisée à des fins thérapeutiques
- Peut guérir le cancer, la schizophrénie, l’impuissance
Cette théorie représente un glissement total : Reich n’est plus psychanalyste ni même biologiste. Il se présente désormais comme un physicien découvrant une énergie fondamentale inconnue de la science.
La rencontre avec Einstein : un espoir déçu
En janvier 1941, Reich rencontre Albert Einstein à Princeton. Il lui présente ses accumulateurs et l’effet thermique qu’ils produisent : une élévation de température à l’intérieur de la cabine.
Einstein, curieux, accepte de tester l’appareil chez lui. Quelques jours plus tard, il écrit à Reich : l’effet observé s’explique parfaitement par une simple convection thermique naturelle. Pas besoin d’invoquer une énergie inconnue.
Reich refuse cette explication. Il accuse Einstein de ne pas avoir correctement compris l’expérience. Cette incapacité à accepter une critique scientifique légitime marque la fin de tout espoir de reconnaissance académique.
Orgonon : le laboratoire-forteresse
En 1942, Reich achète Orgonon, un domaine de 70 hectares dans le Maine, où il établit son laboratoire. Il y construit plusieurs bâtiments, dont un observatoire, des accumulateurs géants, et une résidence. Isolé du monde académique, entouré de disciples fidèles, il vit dans la certitude d’avoir découvert l’énergie fondamentale de l’univers.
Reich travaille désormais sur des projets de plus en plus ambitieux : il prétend pouvoir influencer la météo avec des « cloudbusters » (brise-nuages), affirme avoir photographié des ovnis, et développe une théorie selon laquelle l’orgone peut neutraliser la radioactivité nucléaire.
Sa personnalité change. L’homme brillant et combatif des années viennoises devient suspicieux, autoritaire avec ses collaborateurs, convaincu d’être surveillé par des forces occultes. Ses écrits prennent un ton messianique. Dans Écoute, petit homme ! (1948), il s’adresse à l’humanité avec rage et désespoir, accusant les masses de lâcheté et de médiocrité.










Conflit avec la FDA et chute (1947–1956)
En 1947, la journaliste Mildred Edie Brady publie un article dévastateur dans Harper’s Magazine : « L’étrange cas de Wilhelm Reich ». Elle dénonce ses prétentions médicales comme une fraude et compare ses accumulateurs à des remèdes de charlatan.









L’enquête de la FDA
Alertée, la Food and Drug Administration (FDA) ouvre une enquête. Les inspecteurs visitent Orgonon, interrogent des patients, analysent les publications de Reich. Leur conclusion : les accumulateurs d’orgone ne reposent sur aucune base scientifique et les prétentions thérapeutiques sont frauduleuses.
En 1954, une injonction fédérale interdit la vente, la distribution et même le transport interétatique des accumulateurs. Reich doit détruire tous les appareils et cesser toute publication mentionnant l’orgone.
Reich commet alors une erreur stratégique catastrophique : il refuse de comparaître au tribunal. Dans une longue lettre au juge, il explique qu’un tribunal n’a pas l’autorité pour juger une découverte scientifique. Seuls les pairs scientifiques, dit-il, peuvent évaluer ses travaux. Cette position, bien que philosophiquement défendable, est juridiquement suicidaire. Le tribunal interprète son refus comme un outrage et un aveu de culpabilité.
Reich sombre dans la paranoïa. Il est convaincu que la FDA est manipulée par une conspiration communiste internationale. Il croit qu’Eisenhower le protège secrètement, que l’US Air Force surveille ses expériences sur les ovnis, que ses ennemis cherchent à le détruire parce qu’il a découvert la vérité ultime.
En mai 1956, un de ses associés, le Dr Michael Silvert, viole l’injonction en transportant des accumulateurs à travers les frontières d’État. Reich et Silvert sont arrêtés. Reich est condamné à deux ans de prison pour outrage au tribunal.

Autodafé et mort (1956–1957)

Le 23 juin 1956, des agents fédéraux arrivent à Orgonon. Sous les yeux des disciples de Reich, ils détruisent méthodiquement les accumulateurs d’orgone à la hache et au bulldozer. C’est une scène apocalyptique : des dizaines de cabines en bois sont réduites en morceaux, brûlées sur place.
Mais le pire reste à venir.
L’autodafé de 1956 est l’un des rares cas de destruction officielle de livres sur le sol américain au XXe siècle. L’ironie est terrible : Reich, qui avait fui le nazisme et ses bûchers, voit ses propres livres brûlés par le gouvernement du pays qui l’a accueilli.
— Wilhelm Reich, lettre de prison, 1956
Il est enterré à Orgonon, selon ses vœux, dans un simple cercueil en bois. Sur sa tombe, une inscription : « Wilhelm Reich, 1897-1957 ». Rien d’autre.
Time Magazine résume sa vie en une phrase lapidaire et méprisante : « Théories sexuelles et énergétiques peu orthodoxes. »
Héritage et influence
Plus de soixante ans après sa mort, Wilhelm Reich reste une figure profondément ambiguë. Rejeté par la science officielle, adulé par certains mouvements alternatifs, il incarne la tension entre innovation radicale et dérive pseudoscientifique.
En psychothérapie : un héritage reconnu
Malgré le rejet de ses théories biologiques, Reich a profondément influencé la psychothérapie moderne. Ses concepts d’armure caractérielle et d’armure musculaire ont inspiré plusieurs courants thérapeutiques :
- Alexander Lowen, ancien patient et disciple de Reich, fonde l’analyse bioénergétique dans les années 1950. Cette approche intègre le travail corporel, la respiration et les postures pour libérer les tensions émotionnelles.
- Fritz Perls, créateur de la Gestalt-thérapie, reconnaît l’influence de Reich dans son attention au « ici et maintenant » corporel.
- Arthur Janov développe la thérapie primale, qui utilise l’expression émotionnelle intense (cris, pleurs) pour guérir les traumas — une méthode directement inspirée de la végétothérapie.
Aujourd’hui, les thérapies corporelles, les approches somatiques et le concept d’embodiment (incarnation) doivent beaucoup à la conviction reichienne que le corps parle, souffre, et guérit. La psychologie moderne reconnaît que les traumas s’inscrivent physiquement et que la guérison passe aussi par le corps.
Dans la culture populaire : le mythe du savant fou
Reich est devenu une figure mythique, admirée par des écrivains de la contre-culture comme William S. Burroughs, Norman Mailer, Jack Kerouac, et des philosophes comme Michel Foucault et Gilles Deleuze.
On retrouve son influence dans la culture populaire :
- Barbarella (1968) : le personnage du Dr Durand-Durand et sa « machine à orgasme excessif » parodient les théories de Reich.
- Cloudbusting de Kate Bush (1985) : chanson poignante sur la relation entre Reich et son fils Peter, qui assiste impuissant à l’arrestation de son père.
- WR : Mystères de l’organisme (1971) : film yougoslave expérimental de Dušan Makavejev, mêlant documentaire sur Reich et fiction politique érotique.
- Woody Allen possédait un accumulateur d’orgone dans les années 1970 et en parle dans plusieurs interviews. Orgasmatron
Reich incarne le savant fou, le prophète incompris, le martyr de la censure. Son histoire fascine parce qu’elle pose des questions universelles sur la liberté de pensée, les limites du pouvoir étatique, et la frontière ténue entre génie et folie.
Pseudoscience persistante : le culte de l’orgone
L’orgone est aujourd’hui classée par la communauté scientifique comme une pseudoscience. Aucune étude rigoureuse n’a jamais validé son existence. Les expériences de Reich ne respectaient pas les protocoles scientifiques de base (contrôles, double aveugle, reproductibilité).Les « accumulateurs d’orgone » vendus en ligne, les « orgonites », les « cloudbusters » : tout cela relève du charlatanisme. Des personnes vulnérables, malades, désespérées, sont exploitées financièrement par des vendeurs de pseudo-thérapies.
Pourtant, un culte persiste. Des communautés new age, des thérapeutes alternatifs, des sites internet continuent de promouvoir les théories de Reich. Le Wilhelm Reich Museum à Orgonon, géré par le Wilhelm Reich Infant Trust, attire chaque année des visiteurs du monde entier — certains par curiosité historique, d’autres par véritable croyance.
Cette persistance s’explique peut-être par un besoin humain fondamental : celui de croire en une énergie vitale, une force mystérieuse qui nous dépasse et nous relie. Ce que Reich appelait orgone, d’autres l’appellent chi, prana, énergie universelle. La science rejette ces concepts, mais ils répondent à un désir existentiel profond.
Conclusion : Génie, folie, ou les deux ?
Wilhelm Reich était-il un génie incompris ou un savant fou ? La réponse refuse les catégories simples. Il était les deux, successivement, simultanément. Il était un homme brisé par le trauma, enragé par l’injustice, obsédé par la libération — psychique, sociale, biologique, cosmique.
Sa trajectoire illustre un phénomène tragique : comment un esprit brillant peut glisser progressivement de l’innovation scientifique au délire mystique. Le jeune Reich de Vienne était un clinicien remarquable, observateur pénétrant de la souffrance humaine. Le Reich d’Orgonon était un prophète isolé, convaincu d’avoir percé les secrets ultimes de l’univers.
Entre les deux : l’exil, la persécution, le rejet, la solitude. Le parcours de Reich montre que la science exige le doute, mais la révolution exige la foi. Reich avait trop de foi, pas assez de doute. Il refusait de soumettre ses convictions à la critique, voyant dans toute opposition une conspiration.
Son héritage est double. D’un côté, une contribution réelle à la psychothérapie corporelle. De l’autre, une pseudoscience dangereuse qui continue d’exploiter les espoirs des malades. Entre les deux, une vie humaine extraordinairement riche et tragique, qui nous oblige à réfléchir aux limites de la science, du pouvoir, et de la liberté.
« Je ne demande pas qu’on me croie. Je demande qu’on vérifie. »
— Wilhelm Reich
Mais il n’a jamais accepté les vérifications qui contredisaient ses croyances. Et c’est peut-être là sa véritable tragédie.
📚 Sources et références
- Reich, Wilhelm. La fonction de l’orgasme (1927)
- Reich, Wilhelm. L’analyse caractérielle (1933)
- Reich, Wilhelm. Écoute, petit homme ! (1948)
- Reich, Peter. Book of Dreams (1973) — témoignage bouleversant du fils de Reich
- Sharaf, Myron. Fury on Earth: A Biography of Wilhelm Reich (1983) — biographie de référence
- Archives du FBI sur Wilhelm Reich (déclassifiées) — disponibles via FOIA
- Archives de la FDA sur l’affaire Reich (1947-1957)
- Wilhelm Reich Museum, Orgonon, Maine : reichmuseum.org
- Turner, Christopher. Adventures in the Orgasmatron (2011) — étude historique détaillée
- Boadella, David. Wilhelm Reich: The Evolution of His Work (1973)
Bibliographie
Cette bibliographie présente les œuvres publiées de Wilhelm Reich de son vivant. Elle est organisée chronologiquement par type de publication : articles, livres et brochures, et enfin les revues qu’il a éditées. Pour les ouvrages originellement publiés en allemand, la date et le titre de la traduction anglaise fournie sont indiqués pour référence.
Sélection d’articles et premiers écrits (1920-1925)
Cette section couvre les articles importants de Reich publiés dans diverses revues psychanalytiques et scientifiques au début de sa carrière.
- 1920
- « Über einen Fall von Durchbruch der Inzestschranke » (À propos d’un cas de rupture du tabou de l’inceste), Zeitschrift für Sexualwissenschaft.
- 1921
- « Triebbegriffe von Forel bis Jung » (Les concepts de pulsion de Forel à Jung), Zeitschrift für Sexualwissenschaft.
- « Der Koitus und die Geschlechter » (Le coït et les sexes), Zeitschrift für Sexualwissenschaft.
- 1922
- « Über Spezifizität der Onanieformen » (Sur la spécificité des formes de masturbation), Internationale Zeitschrift für Psychoanalyse.
- 1923
- « Zur Triebenergetik » (Sur l’énergétique pulsionnelle), Zeitschrift für Sexualwissenschaft.
- « Kindliche Tagträume einer späteren Zwangsneurose » (Rêveries infantiles d’une future névrose obsessionnelle), Internationale Zeitschrift für Psychoanalyse.
- « Über Genitalität » (Sur la génitalité), Internationale Zeitschrift für Psychoanalyse.
- « Die Rolle der Genitalität in der Neurosentherapie » (Le rôle de la génitalité dans la thérapie des névroses), Zeitschrif für Ärztliche Psychotherapie.
- 1924
- « Der Tic als Onanieequivalent » (Le tic comme équivalent masturbatoire), Zeitschrift für Sexualwissenschaft.
- « Die therapeutische Bedeutung der Genitallibido » (L’importance thérapeutique de la libido génitale), Internationale Zeitschrift für Psychoanalyse.
- « Über Genitalität vom Standpunkt der psa. Prognose und Libidotheorie » (Sur la génitalité du point de vue du pronostic psychanalytique et de la théorie de la libido), Internationale Zeitschrift für Psychoanalyse.
- 1925
- « Eine hysterische Psychose in statu nascendi » (Une psychose hystérique à l’état naissant), Internationale Zeitschrift für Psychoanalyse.
Livres, brochures et monographies (1925-1957)
Cette liste chronologique inclut ses livres majeurs, de ses premières œuvres psychanalytiques à ses recherches sur l’orgone aux États-Unis.
- 1925
- Der triebhafte Charakter: Eine psychoanalytische Studie zur Pathologie des Ich (Le caractère impulsif : une étude psychanalytique sur la pathologie du moi).
- 1927
- Die Funktion des Orgasmus: Zur Psychopathologie und zur Soziologie des Geschlechtslebens (La Fonction de l’Orgasme : Sur la psychopathologie et la sociologie de la vie sexuelle).
(Publié en anglais sous une forme remaniée en 1942 sous le titre The Discovery of Orgone, Volume 1: The Function of the Orgasm).
- Die Funktion des Orgasmus: Zur Psychopathologie und zur Soziologie des Geschlechtslebens (La Fonction de l’Orgasme : Sur la psychopathologie et la sociologie de la vie sexuelle).
- 1929
- Sexualerregung und Sexualbefriedigung (Excitation sexuelle et satisfaction sexuelle).
- 1930
- Geschlechtsreife, Enthaltsamkeit, Ehemoral: Eine Kritik der bürgerlichen Sexualreform (Maturité sexuelle, abstinence, morale conjugale : une critique de la réforme sexuelle bourgeoise).
- 1932
- Der Einbruch der Sexualmoral: Zur Geschichte der sexuellen Ökonomie (L’irruption de la morale sexuelle : sur l’histoire de l’économie sexuelle).
(Traduit en anglais sous le titre The Invasion of Compulsory Sex-Morality en 1951). - Der Sexuelle Kampf der Jugend (Le combat sexuel de la jeunesse) (brochure).
- Der Einbruch der Sexualmoral: Zur Geschichte der sexuellen Ökonomie (L’irruption de la morale sexuelle : sur l’histoire de l’économie sexuelle).
- 1933
- Charakteranalyse: Technik und Grundlagen für studierende und praktizierende Analytiker (L’Analyse caractérielle).
(Traduit en anglais sous le titre Character Analysis en 1945). - Massenpsychologie des Faschismus (La Psychologie de masse du fascisme).
(Traduit en anglais sous le titre The Mass Psychology of Fascism en 1946).
- Charakteranalyse: Technik und Grundlagen für studierende und praktizierende Analytiker (L’Analyse caractérielle).
- 1934
- « Dialektischer Materialismus und Psychoanalyse » (Matérialisme dialectique et psychanalyse) (brochure).
- Was ist Klassenbewußtsein?: Über die Neuformierung der Arbeiterbewegung (Qu’est-ce que la conscience de classe ? : sur la nouvelle formation du mouvement ouvrier).
- 1935
- Psychischer Kontakt und vegetative Strömung (Contact psychique et courant végétatif).
- 1936
- Die Sexualität im Kulturkampf: Zur sozialistischen Umstrukturierung des Menschen (La Sexualité dans le combat pour la culture).
(Traduit en anglais sous le titre The Sexual Revolution en 1945).
- Die Sexualität im Kulturkampf: Zur sozialistischen Umstrukturierung des Menschen (La Sexualité dans le combat pour la culture).
- 1937
- Experimentelle Ergebniße Über Die Elektrische Funktion von Sexualität und Angst (Résultats expérimentaux sur la fonction électrique de la sexualité et de l’anxiété).
- Menschen im Staat (Des gens dans l’État).
(Publié en anglais sous le titre People in Trouble en 1953).
- 1938
- Die Bione: Zur Entstehung des vegetativen Lebens (Les Bions : sur l’origine de la vie végétative).
- 1942
- The Discovery of Orgone, Volume 1: The Function of the Orgasm (La Découverte de l’Orgone, Volume 1 : La Fonction de l’Orgasme).
- 1945
- Rede an den kleinen Mann (Discours au petit homme).
(Traduit en anglais par l’auteur sous le titre Listen, Little Man! en 1948).
- Rede an den kleinen Mann (Discours au petit homme).
- 1948
- The Discovery of Orgone, Volume 2: The Cancer Biopathy (La Découverte de l’Orgone, Volume 2 : La Biopathie du cancer).
- The Orgone Energy Accumulator, Its Scientific and Medical Use (L’Accumulateur d’énergie orgone, son usage scientifique et médical).
- 1949
- Ether, God and Devil (Éther, Dieu et Diable).
- 1951
- Cosmic Superimposition: Man’s Orgonotic Roots in Nature (La Superposition cosmique : les racines orgonotiques de l’homme dans la nature).
- The Oranur Experiment: First Report (1947–1951) (L’Expérience Oranur : Premier rapport).
- 1953
- The Murder of Christ (Le Meurtre du Christ).
- People in Trouble (Des gens en difficulté).
- The Einstein Affair (L’Affaire Einstein).
- 1957
- Contact with Space: Oranur Second Report, 1951–1956 (Contact avec l’espace : Second rapport Oranur).
Revues éditées par Reich (1934-1955)
Reich a fondé et édité plusieurs journaux pour diffuser ses recherches et ses idées, d’abord en Europe puis aux États-Unis.
- 1934–1938
- Zeitschrift für Politische Psychologie und Sexualökonomie (Revue de psychologie politique et d’économie sexuelle) (sous le pseudonyme d’Ernst Parell).
- c. 1937–1939
- Klinische und Experimentelle Berichte (Rapports cliniques et expérimentaux).
- 1942–1945
- International Journal of Sex-Economy & Orgone Research.
- 1947–1949
- Annals of the Orgone Institute.
- 1949–1953
- Orgone Energy Bulletin.
- 1954–1955
- CORE – Cosmic Orgone Engineering.
